La sécurité est l’une des principales préoccupations des Nancéiennes et des Nancéiens. C’est, avec les transports, le domaine dans lequel ils nourrissent le plus d’attente. C’est aussi un domaine pour lequel ils sont, pour plus d’un tiers d’entre-eux, insatisfaits de la politique municipale actuelle*. La légitime attente nourrie par les habitants de Nancy découle d’une situation sécuritaire qui, globalement, s’est dégradée depuis plusieurs années. La délinquance, sous tous ses aspects a, dans notre ville, nettement progressé entre 2020 et 2023 : +40% pour les atteintes aux personnes, +65% pour les atteintes aux biens**. Les coups et blessures volontaires, les vols dans les véhicules, et les vols sans violence contre les personnes sont les atteintes qui ont, pendant cette période, le plus augmenté. Au-delà de la délinquance, un « sentiment » d’insécurité tend également à croître, alimenté par des comportements, notamment de rue, inciviques ou inappropriés et la présence de zones urbaines où pèse un climat lourd, liée à la consommation de drogue ou d’alcool, à l’errance, où même à un éclairage insuffisant. Toutes les métropoles de France connaissent des phénomènes semblables. Et l’action en matière de sécurité et tranquillité publique repose sur une action nécessairement partenariale et conjointe des collectivités et des services de l’Etat, y compris judiciaires. S’il n’y a pas donc pas lieu de tenir la municipalité nancéienne pour responsable unique et entier de la situation, la question devrait être davantage prise à bras le corps.
Des leviers d’actions sont d’ailleurs à la disposition de la commune et de la métropole.
Une police municipale confortée
La police municipale est évidemment le principal de ces leviers. Celle de Nancy doit être confortée dans ses effectifs. Le nombre de postes a certes augmenté. Mais il convient de s’assurer (i) qu’ils sont effectivement pourvus, (ii) qu’ils ne connaissent pas un « turn over » excessif, et (iii) que les policiers sont sur le terrain, et aux moments où c’est nécessaire. Ce qui n’est pas forcément le cas aujourd’hui.
Le recrutement en police municipale n’est pas chose facile. La présence de profils très différents rend donc encore plus prégnante la nécessité de fédérer les agents, en leur donnant une mission claire, des caps constants, pour s’assurer qu’ils partagent le sens de leur action et qu’ils en soient fiers. C’est un préalable indispensable, un rempart pour éviter le turn-over et construire une police municipale engagée dans la durée. Les cycles de travail et les brigades doivent être calibrés par rapport aux besoins et garantir de bonnes conditions de travail.
Des actions de formation et d’évaluation, concernant tous les aspects des métiers (en particulier la capacité physique, la maitrise des outils, la gestion du stress, etc…) doivent également être mises en œuvre de manière très régulière, afin de garantir et de s’assurer de l’excellence des compétences opérationnelles des agents.
L’action des différentes brigades doit enfin être le plus possible libérée des contraintes administratives et centrée sur la présence de terrain, y compris la nuit.
Une police métropolitaine pour agir à la bonne échelle
Les problèmes de sécurité et de tranquillité publiques ne s’arrêtent pas aux frontières communales. Il est donc nécessaire de les envisager dans une dimension, à tout le moins métropolitaine.
D’ailleurs, le centre de supervision urbain, inauguré en 2019 et qui regroupe une douzaine de communes, est à cette échelle. C’est également à ce niveau qu’a été conclu, entre notamment la Métropole, le Département, et l’Etat, le Contrat Métropolitain de Sécurité. Des exemples de coopération bilatérale entre communes proches existent aussi sur le territoire métropolitain (par exemple entre Dommartemont et Saint-Max). Il apparait donc logique, et nécessaire, d’assurer une présence humaine sur le terrain à l’échelle métropolitaine.
C’est la raison pour laquelle nous proposons la création d’une police métropolitaine, sur le fondement de L. 512-2 du Code de la sécurité intérieure.
Ce service, qui n’aurait pas vocation à se substituer aux polices des communes***, aurait plusieurs missions.
La première d’entre elle serait celle de la sécurisation des transports publics. Le réseau Stan s’étend sur toute les communes du Grand Nancy. La police métropolitaine aurait donc vocation, par une présence visible de ses agents sur l’ensemble du réseau, à dissuader, mais aussi à constater et sanctionner, les incivilités, les violences de toutes sortes, et plus largement la délinquance. Elle pourrait également intervenir en soutien des agents du délégataire du réseau (chauffeurs, effectifs de contrôle et d’intervention, managers de proximité), dans l’exercice de leurs missions.
La seconde mission serait d’apporter des soutiens aux communes, en particulier celles qui ne sont pas dotées d’une police municipale, en exerçant ponctuellement, sur le territoire de la commune concernée, les fonctions classiquement dévolues à une telle police. Il pourra s’agir concrètement de missions visant à s’assurer du respect des arrêtés municipaux, de la sécurité, de la tranquillité et de la salubrité publique. Elle pourrait également être amenée à apporter son concours dans la sécurisation d’événements locaux.
Il est aussi possible d’envisager, à plus long terme, d’autres champs de compétences, telles que celui de la police environnementale.
Une brigade de la tranquillité urbaine pour agir sur les problèmes du quotidien
Les problèmes d’incivilité, de tranquillité, de salubrité, de propreté, de stationnement sont ceux qui tracassent, au quotidien, les Nancéiennes et les Nancéiens. Une action forte et déterminée est nécessaire à cet égard. Il importe de renforcer une présence visible sur le terrain. C’est actuellement principalement le rôle de la « brigade de proximité », qui compte 8 agents. Depuis cette année, son action a été renforcée par la création d’un « service prévention médiation » comprenant une dizaine de médiateurs. Ces derniers, dont certains seront des « adultes relais », auront des missions de prévention, de médiation, et d’orientation. Toutefois, cette action n’est ni suffisante, ni adaptée à la situation. Et la multiplication de « petites équipes » ne peut garantir une présence effective et continue sur le terrain, du fait des cycles de travail. Elle nécessite en outre une coordination chronophage.
Il est donc proposé de fusionner le « service prévention médiation » et l’actuelle brigade de proximité afin de créer une véritable brigade de la tranquillité urbaine.
Par une présence accrue d’une vingtaine d’ASVP dans l’espace public et auprès des habitants et commerçants, elle aura en charge, outre les classiques actions de prévention, notamment :
– la lutte contre les incivilités et les violences dans l’espace public ;
– la lutte contre la malpropreté du domaine public ;
– la lutte contre l’affichage sauvage et les violation du règlement local de publicité ;
– le stationnement abusif et gênant ;
– les bruits de voisinages.
Certains agents de cette brigade devraient également pouvoir intervenir, dans le cadre d’un accord de partenariat à conclure avec les bailleurs sociaux, dans certains locaux gérés par ces derniers. Il pourra s’agir de veiller au respect le règlement intérieur des bailleurs, empêcher les occupations illicites des espaces communs des immeubles, relever certains problèmes techniques, voire prévenir certaines formes de délinquance.
Les ASVP composant brigade de la tranquillité urbaine, qui devront, comme les autres membres de la police municipale, être agréés et assermentés, pourront constater et verbaliser les infractions. Ils devront également être recrutés sur la base de critères adéquats, afin de garantir qu’ils bénéficient des compétences nécessaires pour être en mesure de remplir correctement leurs missions.
Des mesures de bon sens pour reconstruire le sentiment de sécurité et de tranquillité
Chaque Nancéien et chaque Nancéienne doit pouvoir se réapproprier l’espace public de notre ville et être débarrassé du lourd sentiment d’insécurité actuellement ressenti par certains. Outre l’impérative nécessité d’assurer la présence d’agents sur le terrain, de jour comme de nuit, pour la prévention ou la répression, des actions simples et concrètes peuvent participer à la reconstruction d’un sentiment de sécurité. Cela passe, sans être exhaustif, par des mesures de natures très diverses, mais qui prises ensemble peuvent avoir un effet notable.
Il peut s’agir, notamment :
– du renforcement progressif de la vidéosurveillance et l’installation d’un éclairage adéquat de certaines zones stratégiques, telles que certaines places ou espaces, les accès aux parkings ou certaines voies piétonnes ou cyclables (abords du canal et des ports passerelles, ou tunnels par exemple) ;
– la possibilité, en réformant le service « Flexo soirée » du réseau Stan, d’obtenir des arrêts de bus à la demande après une certaine heure (par ex. 20h en hiver), sur le modèle notamment de l’Ile de France ;
– l’affectation de certaines places aux automobilistes féminines dans les parking publics et privés, comme c’est la norme en Allemagne ou au Luxembourg ;
– des systèmes portatifs d’alerte, dont la distribution peut être envisagée, comme c’est le cas à Metz.
– l’installation de radars antibruit, afin de limiter les comportements automobiles troublant la tranquillité des habitants, en particulier la nuit et dans les entrées de villes ;
– etc…
Des partenariats renforcés pour une efficacité accrue
Il conviendrait enfin d’explorer la possibilité de créer ou renforcer des partenariats entre les acteurs et parties prenantes de la politique de sécurité.
Outre la collaboration actuelle entre police nationale, police municipale et justice, deux partenariats spécifiques pourraient être réfléchis :
– un accord,conclu avec le préfet et le procureur général de la République, de politique « Zéro tolérance », visant à ce que tout acte de consommation de stupéfiants et d’alcool sur la voie publique reçoive une réponse ;
– un accord, conclu avec les bailleurs sociaux de politique « Zéro impunité », permettant, comme c’est le cas à Montpellier, l’expulsion de locataires à l’origine de troubles de voisinage, d’incivilités et d’agressions.
Voici brièvement présentées quelques mesures qui paraissent pouvoir nourrir une politique globale de sécurité au niveau local.
* : Selon le sondage OpinionWay pour la ville de Nancy (4ème vague – décembre 2024)
**: Données issues de la base statistique communale de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie nationales.
*** : Dix-sept communes de la métropole sont dotées d’une police municipale. Il est à noter que, à l’heure actuelle, la Métropole comporte dans ses effectifs deux policiers métropolitains, à savoir le chef de salle du Centre de Supervision Urbain et le chargé d’exploitation et de gestion de la fourrière automobile.
Crédits photo : ville de Nancy